Quand on a la place et le regard qui est le mien, j'ai parfois envie d'arrêter le temps sur certains instants, pour dire la justesse, le moment de grâce, la sincérité tant recherchée qui arrive comme ça, sans crier gare...
Parfois le travail du comédien patine, se cherche, hésite, fait machine arrière.... et puis à l'occasion d'une impro, je me dis: "ça y est, c'est là!". A d'autres moments je me dis "tiens! ça avance!" sans que je ne sache vraiment vers quoi...
Parfois l'acte théâtral, le geste, le jeu avec un partenaire vient révéler quelque chose de soi que l'on ignorait jusque là. Parfois, c'est la confiance en l'autre, ce risque partagé de la scène qui nous amène plus loin, ou ailleurs
Je n'ai pas toujours l'occasion, ou le temps d'aller au bout de ce que j'ai envie de dire en vous voyant jouer. Alors, j'ai envie de créer une rubrique "en scène" pour dire à partir de quelques photos, ce que de ma place j'ai vu des personnages que vous avez imaginés.
Un parfum d'Almodovar traîne dans l'air....
C'est le silence qui qualifie tout d'abord l'entrée en scène Soudain, la glace devant Manu existe vraiment et tout se met en place presque par magie. C'est la précision du geste qui m'entraîne vers cet univers.
Le temps s'arrête sur le contraste des attitudes. Le personnage de Manu parle tout le temps, le geste est incessant et juste dans l'excès. Le personnage d'Anne se tait et impose une présence immobile contre le meuble..le huis clos s'installe et devient palpable. L'intensité dramatique naît souvent du contraste...
Quand l’annihilation de l'autre arrivera par une cigarette écrasée sur un crâne... l'intensité dramatique s'arrêtera brusquement... Ce n'est pas une fin mais le début d'un soulagement...