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lundi 24 mars 2014

C COMME COMÉDIEN : Animal étrange qui s'inventerait la neige pour y laisser une trace...

Avant il y avait le chœur, un chœur voué aux Dieux, à la parole commune pour le commun. Le masque était de mise, l'individu n'existait pas.
Et puis l'accident est arrivé, un homme s'est détaché du groupe pour parler en son nom, pour répondre singulièrement au pluriel, pour dire ce que lui pensait ou ressentait...
L'acteur est né ainsi, et peu importe si cette histoire est vraie mais je l'ai entendu raconter par l’éminent Mr Alain Weil, et elle m'a plu. 
J'aime par dessus tout cette idée d'un quelconque ne se satisfaisant plus de la parole commune et puisant en lui le besoin impérieux de dire quelque chose de l'ordre d'un :"oui, moi je pense que;.."
L'acteur comme une parole singulière
Acteur comme un désir de dire
S'extraire de la masse, se lever en tremblant et affirmer une parole contre toute attente, risquer le ridicule, ignorer d'avance les bonnes raisons de rester assis...
J'aime énormément cette idée, car elle suppose ce qui pour moi est le sang pur de l'acteur : la nécessité d'un débat
Je suis acteur car je soulève quelque chose à penser, dans le rire où dans les larmes, dans la gravité ou la légèreté, mais je fais de ma personne un exemple à suivre ou à ne pas suivre. Un objet de moquerie ou d'admiration. Je m'expose pour que vous puissiez vous voir ...à ma place
L'acteur interprétant est toujours le délégué d'un groupe humain et ce quelque soit le genre théâtral
Nous flirtons avec le ridicule chaque soir pour cela.

dimanche 23 février 2014

COUR et JARDIN

C comme COUR : Lorsque vous êtes sur scène et que vous regardez la salle, la cour est la partie du plateau se trouvant sur votre gauche
C comme COURRIER : Technicien de théâtre travaillant uniquement côté Cour de la scène

J comme JARDIN : Quand vous regardez la salle depuis la scène, c'est la partie du plateau se trouvant à votre droite
J comme JARDINIER : Technicien travaillant côté Jardin de la scène

Pour compléter cette Torrétonade il y a un moyen mémo technique de ne pas se tromper
Quand on est sur scène et qu'on regarde la salle, la Cour est du côté du Cœur ou bien quand on est dans la salle et qu'on regarde la scène  on pense au mot "Jésus Christ" (J-C)
 Le J de Jésus indique Jardin et le C de Christ indique la Cour

Pour la petite histoire ces termes viendraient d'une habitude prise à la Comédie Française....

M COMME MASQUE

Le masque est une intensité de présence. Le masque montre. Le masque dénude. Le masque oblige, invite à l'épure. En supprimant un certain nombre de possibilités d'expressions, il contraint l'acteur à une extrême attention à l'autre et par ricochet à lui même. Le masque n'isole pas il vous rend dépendant des autres en focalisant leur attention sur votre infirmité magnifique...

P COMME PRESENCE

La présence est ce qui se dégage d'un acteur ou d'une actrice en scène. Cette impression exacte d'avoir quelqu'un en face de soi. La présence n'est pas forcement innée, elle dépend  souvent de l'état d'avancement du travail de l'acteur. Le manque de présence aussi par conséquent. Bien sûr, il existe des acteurs charismatiques, des natures plus fortes que d'autres mais, souvent, l’incompréhension, le doute, le manque de confiance en soi, la mauvaise idée dévorent la présence de l'acteur... Qui n'a pas assisté à l'éclosion d'une scène ne peut pas comprendre ce que j'écris, là, tout de suite. Un acteur bloqué, empêtré, peut tout d'un coup fendre son armure grâce à une bonne idée, un conseil, une remarque pertinente du metteur en scène ou un déclic de l'acteur qui comprend enfin ce qu'il fait là sur scène. Et l'être malhabile qui ânnonait son texte pour ses pieds en s'excusant de vivre devient un homme de chair et de sang, quelque part entre lui et son personnage, une belle présence indéniable, un courant d'air pur dans une pièce trop longtemps saturée de fumée et d'odeurs humaines immobiles.... 

T COMME TROU

C'est le cauchemar de tout acteur, brutalement le mot ne vient pas. C'est la panne, le vide et qui dit vide dit trou. 
Sensation de chuter, d'être aspiré, ce que les ingénieurs atomistes redoutent en accélérant ces pauvres particules: le trou noir! 
Il arrondit les yeux dans l'attente de sa délivrance, le rythme cardiaque frôle les deux cents coups par minute, le cerveau fait le tour du propriétaire en l'absence de celui-ci, qui est déjà en train de réfléchir à son épitaphe. 

Le comédien en devient sourd, on peut lui souffler, il n'entend rien, il pense que c'est en bougeant les bras et les jambes que son texte reviendra, le pauvre!

Des parfums de peur acide lui remontent de son enfance provinciale, un émoi d'amour puceau occupe une place folle, un vestiaire de piscine avec un slip à enlever devant les autres, un 2 sur 20 en maths qu'il faut faire signer par ses parents, l'ex de Nathalie G. qui t'attend à la sortie pour vérifier avec ses poings la douceur de tes lèvres qu'elle semble préférer aux siennes.

Et puis un son, une image, une odeur, enfin un miracle de connexion synaptique dans ce catalogue d'affolement remet la pensée dans le droit chemin et le texte revient comme un enfant un temps perdu par ses parents dans les rayons d'une grande surface. 
Et tout cela n'a duré que quelques dixième de seconde...une poignée de microsecondes comme une poignée d'orties dans la bouche...