Avant il y avait le chœur, un chœur voué aux Dieux, à la parole commune pour le commun. Le masque était de mise, l'individu n'existait pas.
Et puis l'accident est arrivé, un homme s'est détaché du groupe pour parler en son nom, pour répondre singulièrement au pluriel, pour dire ce que lui pensait ou ressentait...
L'acteur est né ainsi, et peu importe si cette histoire est vraie mais je l'ai entendu raconter par l’éminent Mr Alain Weil, et elle m'a plu.
J'aime par dessus tout cette idée d'un quelconque ne se satisfaisant plus de la parole commune et puisant en lui le besoin impérieux de dire quelque chose de l'ordre d'un :"oui, moi je pense que;.."
L'acteur comme une parole singulière
Acteur comme un désir de dire
S'extraire de la masse, se lever en tremblant et affirmer une parole contre toute attente, risquer le ridicule, ignorer d'avance les bonnes raisons de rester assis...
J'aime énormément cette idée, car elle suppose ce qui pour moi est le sang pur de l'acteur : la nécessité d'un débat
Je suis acteur car je soulève quelque chose à penser, dans le rire où dans les larmes, dans la gravité ou la légèreté, mais je fais de ma personne un exemple à suivre ou à ne pas suivre. Un objet de moquerie ou d'admiration. Je m'expose pour que vous puissiez vous voir ...à ma place
L'acteur interprétant est toujours le délégué d'un groupe humain et ce quelque soit le genre théâtral
Nous flirtons avec le ridicule chaque soir pour cela.