dimanche 23 février 2014

T COMME TROU

C'est le cauchemar de tout acteur, brutalement le mot ne vient pas. C'est la panne, le vide et qui dit vide dit trou. 
Sensation de chuter, d'être aspiré, ce que les ingénieurs atomistes redoutent en accélérant ces pauvres particules: le trou noir! 
Il arrondit les yeux dans l'attente de sa délivrance, le rythme cardiaque frôle les deux cents coups par minute, le cerveau fait le tour du propriétaire en l'absence de celui-ci, qui est déjà en train de réfléchir à son épitaphe. 

Le comédien en devient sourd, on peut lui souffler, il n'entend rien, il pense que c'est en bougeant les bras et les jambes que son texte reviendra, le pauvre!

Des parfums de peur acide lui remontent de son enfance provinciale, un émoi d'amour puceau occupe une place folle, un vestiaire de piscine avec un slip à enlever devant les autres, un 2 sur 20 en maths qu'il faut faire signer par ses parents, l'ex de Nathalie G. qui t'attend à la sortie pour vérifier avec ses poings la douceur de tes lèvres qu'elle semble préférer aux siennes.

Et puis un son, une image, une odeur, enfin un miracle de connexion synaptique dans ce catalogue d'affolement remet la pensée dans le droit chemin et le texte revient comme un enfant un temps perdu par ses parents dans les rayons d'une grande surface. 
Et tout cela n'a duré que quelques dixième de seconde...une poignée de microsecondes comme une poignée d'orties dans la bouche...

1 commentaire:

  1. J'ai ressenti une fois cette exacte sensation. C'était lors de la troisième représentation des Derniers des Mohicans en Cévennes. Je jouais le rôle de Oui-Oui et Marina celui de Chantal, un duo burlesque. Nous connaissions notre texte sur le bout des doigts, d'autant plus que nous l'avions déjà travaillé quasi à l'identique l'année précédente pour Voyage en Luttopie au Bar de la Commune.
    Comme c'était "la dernière" j'avais eu envie de faire -comme il est de tradition- une blague à ma partenaire...
    J'étais en cour, et Marina en jardin, je devais traverser la scène pour aller lui susurrer je ne sais plus trop quoi à l'oreille... c'est le moment précis que j'avais choisi pour lui faire ma blague... et là... LE TROU... j'ai eu le sentiment de traverser le désert d'Egypte... 40 ans de pas laborieux jusqu'à elle... pour lui dire quoi ???
    Et puis soudain, le "miracle de connexion synaptique" ... tout cela n'avait duré "que quelques dixième de seconde...une poignée de microsecondes comme une poignée d'orties dans la bouche..."
    Du coup, j'ai rangé ma blague au placard !

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